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Troubles neurologiques fonctionnels : l’enquête médicale derrière le diagnostic

  • melaniemahe
  • 16 mars
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Introduction : Les TNF : un diagnostic bien réel

Dans un précédent article publié sur le blog Ensemble TNFCAA, nous avons exploré la définition et la terminologie des troubles neurologiques fonctionnels (TNF). Nous avons vu que ces troubles restent encore mal compris, aussi bien par le grand public que par certains professionnels de santé.


Pour celles et ceux qui souhaitent découvrir ces fondements, vous pouvez retrouver cet article ici : Troubles neurologiques fonctionnels : comprendre une maladie neurologique encore trop méconnue


Pourtant, les TNF sont loin d’être rares. Comme le rappellent le Dr Garcin et ses collègues, ces troubles représentent le deuxième motif de consultation en neurologie.


Autrement dit : les neurologues rencontrent ces patients tous les jours.


Et contrairement à une idée encore trop répandue, les TNF ne sont pas un diagnostic posé « par défaut ».

Comme le souligne l’article scientifique :

« La démarche diagnostique des TNF repose en grande partie sur l’examen clinique et la recherche de signes cliniques positifs. »

Dans cet article, nous allons donc découvrir comment les médecins posent réellement le diagnostic des troubles neurologiques fonctionnels, entre neurologie, psychiatrie et compréhension globale du patient.


Le présent article s’appuie notamment sur les travaux scientifiques de Béatrice Garcin, Emmanuel Roze, Antoine Daubigney, Guilhem Carle-Toulemonde, Bertrand Degos et Coraline Hingray publiés dans la revue L’Encéphale, consacrés à la définition, l’épidémiologie et la démarche diagnostique clinique dans les troubles neurologiques fonctionnels.


I. L’examen neurologique : la pièce maîtresse du diagnostic

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le diagnostic des troubles neurologiques fonctionnels ne consiste pas à dire : “on n’a rien trouvé, donc c’est fonctionnel”.


En réalité, la médecine moderne considère aujourd’hui les TNF comme un diagnostic positif, c’est-à-dire basé sur des signes cliniques spécifiques observables lors de l’examen neurologique.

Comme le rappellent les auteurs :

« Le TNF n’est pas un diagnostic d’exclusion mais repose sur des critères positifs cliniques et paracliniques. »

C’est pourquoi l’examen neurologique est une étape essentielle et doit être réalisé par un neurologue formé à cette sémiologie particulière.


Cet examen permet notamment de :

  • identifier des signes caractéristiques des TNF

  • rechercher d’éventuelles maladies neurologiques associées


Car oui, les deux peuvent coexister. Environ 10 à 20 % des patients présentant un TNF ont également une pathologie neurologique associée.

Cette coexistence peut parfois agir comme facteur de risque ou facteur déclencheur.


II. Les examens complémentaires : utiles mais pas systématiques

Selon les symptômes, certains examens peuvent être nécessaires pour confirmer le diagnostic et éliminer d’autres pathologies.


Dans les crises fonctionnelles, par exemple, les neurologues peuvent réaliser une vidéo-EEG afin de vérifier l’absence d’activité épileptique pendant la crise.


Dans les troubles moteurs, une IRM cérébrale ou médullaire peut être prescrite afin d’écarter une atteinte neurologique structurelle.

Lorsqu’il existe des mouvements anormaux, certains centres spécialisés peuvent analyser les mouvements afin d’identifier des signes typiques des TNF comme :

  • la variabilité des tremblements

  • leur distractibilité

  • ou encore l’effet d’entraînement.


Enfin, dans certaines situations particulières, une scintigraphie dopaminergique peut être utilisée pour différencier un syndrome parkinsonien fonctionnel d’une maladie de Parkinson.


Cependant, les experts insistent sur un point important : les examens complémentaires ne doivent pas être répétés inutilement, car ils peuvent parfois entretenir l’inquiétude du patient.


III. L’évaluation psychiatrique : comprendre l’histoire du patient

Les TNF se situent à la frontière entre neurologie et psychiatrie. L’évaluation psychiatrique joue donc un rôle important dans la compréhension du trouble.


Les médecins utilisent souvent ce que l’on appelle le modèle des 3P :

  • facteurs prédisposants

  • facteurs précipitants

  • facteurs perpétuants


Ce modèle permet de comprendre pourquoi les symptômes sont apparus et pourquoi ils persistent.


Pour mieux comprendre ce modèle et son rôle dans l’apparition et le maintien des symptômes, vous pouvez également consulter cet article du blog : Les 3 types de facteurs de risque des troubles neurologiques fonctionnels (TNF)


Les facteurs prédisposants correspondent aux vulnérabilités présentes avant l’apparition des symptômes. Les études montrent que des expériences traumatiques, notamment durant l’enfance, sont retrouvées chez 50 à 75 % des patients.


Les facteurs précipitants correspondent aux événements déclencheurs, qui peuvent être physiques (blessure, infection, chirurgie) ou émotionnels (stress intense, conflit, événement difficile).


Enfin, les facteurs perpétuants sont ceux qui contribuent au maintien des symptômes dans le temps. Il peut s’agir de situations stressantes persistantes, d’un environnement difficile ou encore de certaines réactions du système de soins.


Par exemple, les auteurs rappellent que des phrases comme :

« C’est dans votre tête » ou « Vous n’avez rien » peuvent être particulièrement délétères pour les patients. Autrement dit : les mots des médecins comptent énormément.


La compréhension des facteurs qui favorisent l’apparition ou le maintien des symptômes fait partie intégrante de la démarche clinique. Ces mécanismes complexes, qui peuvent parfois être communs à d’autres maladies chroniques, ont été explorés plus en détail dans un autre article du blog : Dossier Médical Classé – Fibromyalgie, TNF et EM/SFC


Encadré pédagogique

Comment les médecins expliquent les TNF aux patients

Pour aider les patients à comprendre ce diagnostic parfois déroutant, les médecins utilisent souvent des comparaisons simples.

Le cerveau comme un logiciel

Une métaphore souvent utilisée compare le cerveau à un ordinateur. Dans les TNF, le matériel fonctionne correctement, mais le logiciel rencontre un dysfonctionnement temporaire.

Quand le cerveau se concentre trop

Normalement, nous n’avons pas besoin de réfléchir pour bouger un bras ou marcher. Mais lorsque le cerveau se focalise excessivement sur ces mouvements, cela peut perturber les circuits automatiques. Un peu comme lorsque l’on essaie trop fort de s’endormir… et que l’on finit par rester éveillé.

Le phénomène du membre fantôme

Les neurologues utilisent parfois l’exemple du membre fantôme. Une personne amputée peut continuer à ressentir la présence de son membre. Dans les TNF, c’est presque l’inverse : le membre est bien présent, mais le cerveau a momentanément du mal à l’intégrer correctement dans ses circuits de contrôle.

Les crises dissociatives

Dans certaines crises fonctionnelles, le cerveau peut entrer dans un état de déconnexion temporaire avec l’environnement. Cela peut être comparé à ces moments où l’on conduit en pensant à autre chose et où l’on ne se souvient plus du trajet effectué.


Ces métaphores permettent de rappeler un point essentiel : les symptômes sont réels, mais ils résultent d’un dysfonctionnement des réseaux cérébraux plutôt que d’une lésion du cerveau.


IV. L’annonce du diagnostic : un moment thérapeutique

L’annonce du diagnostic constitue une étape déterminante dans la prise en charge des TNF.

Les auteurs soulignent que cette annonce doit être réalisée avec soin et clarté :

« L’annonce diagnostique est une étape cruciale de la prise en charge et peut en elle-même avoir un effet thérapeutique. »

Certaines études montrent même que plus d’un tiers des patients présentant des crises fonctionnelles voient leurs crises disparaître après une explication claire du diagnostic.

Cette annonce permet également d’introduire une notion essentielle : la possibilité de récupération.


Les TNF correspondent à un dysfonctionnement des circuits cérébraux, et non à une destruction du cerveau. Cela signifie que ces circuits peuvent être réentraînés, notamment grâce à la rééducation et aux approches psychothérapeutiques.


La prise en charge des troubles neurologiques fonctionnels repose souvent sur une approche multidisciplinaire. Parmi les acteurs essentiels de cette prise en charge figurent notamment les kinésithérapeutes, dont le rôle dans la récupération fonctionnelle est aujourd’hui mieux reconnu.


Pour mieux comprendre ces approches thérapeutiques, vous pouvez consulter également : Troubles Neurologiques Fonctionnels Moteurs et Kinésithérapie : Un Duo qui Change la Donne


Conclusion

Une maladie réelle, un espoir réel

Les troubles neurologiques fonctionnels représentent aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique. Longtemps mal compris, ils sont désormais mieux étudiés par la communauté scientifique.


Comme le rappellent les chercheurs, ces troubles sont liés à une dysfonction potentiellement réversible des réseaux cérébraux impliqués dans le mouvement et les sensations.


Et c’est peut-être là l’un des messages les plus importants pour les patients : les symptômes sont réels, mais ils ne sont pas figés.


Ou, pour le dire avec une pointe d’humour neurologique : dans les TNF, le cerveau n’est pas cassé… il a simplement besoin d’un petit redémarrage du logiciel.


Si vous découvrez les troubles neurologiques fonctionnels à travers cet article, d’autres publications du blog permettent d’explorer différents aspects de ces troubles, qu’il s’agisse de leur définition, des mécanismes impliqués ou des approches thérapeutiques actuellement proposées.


Sources scientifiques

Garcin B., Roze E., Daubigney A., Carle-Toulemonde G., Degos B., Hingray C. Définitions, épidémiologie et démarche diagnostique clinique dans les troubles neurologiques fonctionnels. L’Encéphale, 2023.




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