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Troubles neurologiques fonctionnels : passé, présent et futur

  • melaniemahe
  • 25 févr.
  • 5 min de lecture

Introduction

Pendant longtemps, recevoir un diagnostic de trouble neurologique fonctionnel (TNF) pouvait ressembler à une discussion absurde :

Médecin : « Vos examens sont normaux. »

Patient : « Oui… mais je ne marche toujours pas. »

Médecin : « Bonne nouvelle alors. »


Rideau. Malaise. Incompréhension.


Heureusement, la science a progressé. Les connaissances sur les troubles neurologiques fonctionnels évoluent rapidement et modifient profondément la manière dont ces troubles sont compris, diagnostiqués et pris en charge.


Cet article s’appuie notamment sur l’éditorial du neurologue Jon Stone publié dans la revue L’Encéphale, qui retrace l’évolution historique et scientifique des TNF au cours des dernières décennies. 1 TNF Encephale Edito FND past …


1. Contexte historique : quand la médecine ne savait pas quoi faire

Il y a encore quelques décennies, les troubles neurologiques fonctionnels étaient mal compris et parfois négligés, malgré la fréquence et la sévérité des symptômes. Les médecins se trouvaient souvent démunis face à des manifestations neurologiques invalidantes sans lésion visible à l’imagerie.

Le professeur Jon Stone explique qu’à ses débuts, les patients entendaient souvent :

« Good news, the scan is normal! »

Autrement dit, l’absence d’anomalie semblait invalider la réalité des symptômes. Pourtant, les patients continuaient à vivre avec des paralysies, des crises, des tremblements ou des troubles sensoriels.


Cette situation reposait en grande partie sur une séparation trop stricte entre neurologie et psychiatrie. La médecine moderne reconnaît désormais que le fonctionnement cérébral est beaucoup plus complexe et multidimensionnel.


2. Avancées scientifiques : comprendre le cerveau comme un système de prédiction

Les recherches récentes montrent que le cerveau fonctionne comme un système de prédiction permanent. Il anticipe les mouvements, les sensations et la perception du corps afin de rendre le comportement efficace.

Dans les troubles neurologiques fonctionnels, ce mécanisme peut se dérégler : le cerveau génère une prédiction erronée — paralysie, tremblement, crise — sans parvenir à la corriger malgré des informations corporelles normales.


L’auteur décrit les TNF comme :

« a disorder of that predictive machinery » Autrement dit, un trouble du système de prédiction du cerveau.

Le matériel fonctionne, mais le logiciel bug.


3. Une évolution majeure : le diagnostic positif

L’une des transformations les plus importantes concerne le diagnostic. Pendant longtemps, les TNF étaient considérés comme un diagnostic d’exclusion. Aujourd’hui, ils reposent sur des signes cliniques spécifiques observables lors de l’examen neurologique.

Le DSM-5 a officialisé cette évolution vers un diagnostic d’inclusion. 1 TNF Encephale Edito FND past …

Comme le rappelle Jon Stone :

« FND is a clinical diagnosis like migraine or Parkinson’s disease. »

Les troubles neurologiques fonctionnels sont donc reconnus comme un diagnostic neurologique à part entière.


4. Comment les médecins identifient concrètement un trouble neurologique fonctionnel

Le diagnostic positif repose sur l’observation d’un fonctionnement neurologique particulier caractérisé par la variabilité des symptômes, leur incohérence avec certaines maladies neurologiques structurelles et la présence de signes montrant que les circuits nerveux restent capables de fonctionner normalement.


4.1 Variabilité et incohérence neurologique

Les symptômes fonctionnels présentent souvent des fluctuations importantes selon le contexte, l’attention ou la fatigue. Cette variabilité n’indique pas que le symptôme est imaginaire, mais qu’il existe une perturbation du contrôle neurologique. Le neurologue recherche également des incohérences internes, c’est-à-dire des capacités conservées dans certaines situations malgré la difficulté rapportée dans d’autres.

Ces éléments constituent des indices diagnostiques positifs.


4.2 Le signe de Hoover dans les faiblesses fonctionnelles

Le signe de Hoover est l’un des exemples les plus connus. Lorsqu’un patient tente de lever volontairement une jambe perçue comme paralysée, le mouvement peut être impossible. Cependant, lorsque le médecin demande un effort avec l’autre jambe, une activation automatique de la jambe faible apparaît.

Cela montre que la force musculaire existe et que les circuits neurologiques fonctionnent. Le problème concerne le contrôle moteur volontaire.


Voici un schéma explicatif :


Ce test constitue donc un argument diagnostique positif de trouble neurologique fonctionnel.


4.3 Les tremblements fonctionnels et le phénomène d’entrainement

Dans les tremblements fonctionnels, les neurologues observent souvent une modification du rythme ou de l’amplitude lors d’une distraction ou d’un mouvement volontaire avec un autre membre. Le tremblement peut également s’aligner sur un rythme imposé par l’examinateur, phénomène appelé entrainement.

Ces caractéristiques sont rarement observées dans les tremblements neurologiques structurels.


4.4 Les crises dissociatives (crises non épileptiques)

Certaines crises ressemblent à des crises d’épilepsie mais présentent des caractéristiques différentes, comme une durée prolongée, des mouvements asynchrones ou l’absence d’anomalies électriques cérébrales pendant l’épisode. Ces éléments permettent d’orienter le diagnostic vers un mécanisme fonctionnel.


4.5 Sensibilité à l’attention et à la distraction

Les symptômes peuvent s’améliorer lors d’une distraction ou s’aggraver lorsque l’attention est focalisée sur eux. Cette sensibilité reflète l’implication des mécanismes cérébraux de contrôle attentionnel dans les troubles fonctionnels.


4.6 Une approche validée par les classifications modernes

Cette approche clinique repose sur des principes reconnus par les classifications médicales actuelles. Le passage d’un diagnostic d’exclusion à un diagnostic d’inclusion constitue une avancée majeure soulignée dans l’article. 1 TNF Encephale Edito FND past …


5. Une idée essentielle : coexistence avec d’autres maladies neurologiques

Un trouble neurologique fonctionnel peut exister en même temps qu’une autre maladie neurologique, comme la sclérose en plaques ou la maladie de Parkinson. Cette coexistence était déjà connue au XIXᵉ siècle avant d’être oubliée pendant plusieurs décennies. 1 TNF Encephale Edito FND past …


6. Une perspective historique surprenante

Ironiquement, les neurologues du XIXᵉ siècle avaient déjà compris de nombreux aspects des troubles fonctionnels. L’auteur compare l’évolution des connaissances à :

« a plant in the desert that flowers every hundred years »

Pour approfondir cette évolution historique, vous pouvez lire également :

🔗 Troubles neurologiques fonctionnels : de l’hystérie antique aux débats modernes – Ensemble TNF CAA https://www.ensembletnfcaa.com/post/troubles-neurologiques-fonctionnels-de-l-hyst%C3%A9rie-antique-aux-d%C3%A9bats-modernes


7. La place des patients : une transformation majeure

La reconnaissance de la parole des patients constitue une évolution fondamentale. Lors d’un congrès scientifique, un patient a été applaudi par des professionnels de santé après son témoignage.

Comme l’écrit Jon Stone :

« A patient on stage to be listened to, not just a collection of signs. »

Enfin !


8. Perspectives futures et défis

La recherche explore aujourd’hui plusieurs pistes prometteuses : imagerie cérébrale avancée, technologies numériques, génétique ou réalité virtuelle thérapeutique. Certaines études montrent déjà qu’il pourrait être possible d’identifier des profils cérébraux spécifiques.

Cependant :

« We will not find “the answer” to FND in a neuroimaging technique, a genome or a randomized trial. »

Les TNF restent des troubles complexes nécessitant une approche globale.


9. Message essentiel

Les troubles neurologiques fonctionnels sont réels, neurologiques et reconnus scientifiquement. Ils peuvent évoluer favorablement avec une prise en charge adaptée.

Et surtout : vous n’êtes pas seuls.


10. Conclusion : comprendre pour avancer

Les troubles neurologiques fonctionnels ont longtemps été mal compris, parfois minimisés, et souvent entourés d’incompréhension. Pourtant, les connaissances scientifiques ont considérablement évolué. Aujourd’hui, les TNF sont reconnus comme de véritables troubles neurologiques reposant sur des mécanismes cérébraux complexes, impliquant notamment les systèmes de prédiction, de contrôle moteur et d’attention.

Le passage d’un diagnostic d’exclusion à un diagnostic positif constitue une avancée majeure, car il permet de mieux comprendre les symptômes, de rassurer les patients et d’orienter vers des prises en charge adaptées. Cette évolution marque aussi un changement de regard : on ne parle plus d’un problème « imaginaire », mais d’un trouble réel du fonctionnement neurologique.

Mais peut-être que l’évolution la plus importante concerne la place des patients eux-mêmes. Leur expérience est désormais reconnue comme essentielle pour faire progresser la recherche et améliorer les soins. Comme le souligne l’auteur :

« A disorder that disrupts a human being’s own agency over their movement, sensation and even awareness. »

Les troubles neurologiques fonctionnels touchent à quelque chose de profondément humain : le lien entre le cerveau, le corps et le sentiment de contrôle de soi.

Et c’est précisément pour cela qu’ils peuvent évoluer.

Parce que le cerveau change. Parce que la neuroplasticité existe. Parce que la compréhension ouvre des portes.

Alors oui, le chemin peut être long. Mais il existe.

Et surtout : vous n’êtes pas seuls. Comprendre, c’est déjà reprendre un peu de contrôle !


Référence scientifique

Article basé sur l’éditorial de Jon Stone publié dans L’Encéphale. 1 TNF Encephale Edito FND past …


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2 commentaires

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edwina
25 févr.

Coucou. La coexistence avec un choc ou des hernies discales cervicales (même légères) ont-elles été étudiées ? ;)

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Invité
25 févr.
En réponse à

Oui, il existe des données montrant qu’un traumatisme cervical (choc, whiplash, hernie même légère) peut perturber les boucles sensorimotrices, l’équilibre et le contrôle moteur, et agir comme facteur déclenchant ou aggravant de symptômes neurologiques, y compris fonctionnels.


Nous faisons également le lien dans plusieurs articles du site Ensemble TNF CAA, notamment celui consacré aux cervicales, ainsi que ceux abordant les facteurs déclenchants comme les blessures, opérations ou accidents.


Merci pour votre commentaire et l’intérêt porté à ce sujet.


Belle journée 😊

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